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Jacques-Henri Lartigue (1913)
Je la croise tous les jours.
Elle s'assoit alternativement sur tous les bancs du quartier, toujours accompagnée de ses 4 gros sacs, ceux qui servent à sauver la planête, qui doivent contenir toute sa vie.
Elle peut rester là plantée pendant 4 ou 5 heures d'affilée à regarder la circulation sur la place d'Arsonval, regarder la vie qui s'écoule, qui roule, alors qu'elle est immobile dans un coin de la photo, tellement immobile que l'on ne l'a remarque pas.
Elle a un fichu (tiens un mot oublié ça) sur la tête et semble venir d'Europe de l'Est.
Elle est tout le temps seule, mais au moins elle s'épargne la compagnie des pauvres gars que je vois un peu plus loin affalés sur les sièges à un arrêt de tram complètement imbibés d'alcool, loin de toute réalité.
Le piano de "The chief assassin to the sinister" peine lui a garder le rythme, il titube, il erre comme perdu dans le morceau.
En tendant l'oreille on entend pleins de bruits parasites, comme une perceuse au début qui vrille un dimanche matin.
Le tout forme une espèce de mini symphonie qui pourrait parfaitement servir d'illustration à la vie de cette femme, joué encore et encore, jour après jour, jusqu'à ce qu'elle disparaisse de la photo.
Three Mile Pilot - The chief assassin to the sinister
(The chief assassin to the sinister - 1994)